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L’océan cassé
Par Greg RAY


Publié le 23 octobre 2013

Source : "The ocean is broken", Newcastle Herald, Oct. 18, 2013

Traduction française : Francine Fèvre, pour ACDN.


C’est le silence qui a rendu ce voyage différent de tous ceux qu’il avait déjà faits.

Pas vraiment l’absence de son, non.

Le vent s’engouffrait dans les voiles comme à l’accoutumée et sifflait dans les haubans. Les vagues tapaient comme toujours contre la coque en fibres de verre.

Sans parler de tous les autres bruits : les coups sourds, les crissements et frottements quand le bateau heurtait des débris flottants.

Mais ce qui manquait, cette fois-ci, c’étaient les cris des oiseaux de mer, toujours présents autour du bateau lors des précédents voyages.

Et si les oiseaux étaient absents, c’est parce que les poissons l’étaient aussi.

Il y a exactement dix ans, Ivan Macfadyen, le navigateur originaire de Newcastle, avait déjà tracé la même route, de Melbourne à Osaka, et tout ce qu’il avait eu à faire pour attraper un poisson, entre Brisbane et le Japon, c’était de lancer une ligne appâtée.

« Tous les jours, sur les 28 qu’a duré cette partie du parcours, nous avons attrapé un poisson de bonne taille, que nous faisions cuire et mangions avec un peu de riz » se rappelle Macfadyen.

Mais cette fois-ci, sur la totalité de ce long parcours en mer, le nombre total de prises a été de deux poissons.
Pas de poissons. Pas d’oiseaux. Presque aucun signe de vie.
« J’étais habitué à tous ces oiseaux et à leurs bruits », dit-il.

« Ils suivaient le bateau, se posaient parfois sur le mât avant de repartir. On en voyait des bandes tournoyer au-dessus de la surface de l’océan, se nourrissant de sardines. »

Mais, en mars et avril derniers, seuls le silence et la désolation entouraient Funnel Web, son bateau, lors de sa traversée sur cet océan hanté.

Au nord de l’équateur, au-dessus de la Nouvelle-Guinée, les navigateurs virent au lointain un gros bateau de pêche, à l’œuvre sur un récif.

« Il est resté là toute la journée, passant et repassant son chalut. C’était un gros bateau, comme un navire-mère », dit-il.

Et il a travaillé aussi toute la nuit, à la lumière de projecteurs puissants. Le matin Macfadyen fut réveillé par les appels pressants de son équipier l’avertissant qu’un hors-bord quittait le bateau de pêche.

« Bien sûr j’étais inquiet. Nous n’étions pas armés, et les pirates sont un réel problème dans ces eaux. J’ai pensé à ce moment-là, si ces types sont armés, nous sommes dans le pétrin. »

Mais il ne s’agissait pas de pirates, pas au sens habituel du terme, en tout cas. Le hors-bord est venu contre le bateau et les Mélanésiens qui l’occupaient ont offert des fruits, des bocaux de confiture et des conserves.

« Et ils nous ont donné cinq grands sacs pleins de poisson », dit-il.

« C’étaient de beaux et gros poissons, de toutes sortes. Certains étaient frais, d’autres étaient de toute évidence restés au soleil un moment.

« Nous leur avons dit qu’il nous était impossible de consommer tous ces poissons : nous n’étions que deux à bord, sans rien pour les entreposer ou les conserver. Ils ont juste haussé les épaules et nous ont dit de les balancer par-dessus bord. C’est ce qu’ils auraient fait de toute façon, nous ont-ils dit.

« Ils nous ont dit qu’il s’agissait là d’une petite partie de leurs prises accessoires de la journée. Ils ne s’intéressaient qu’aux thons, et, pour eux, tout le reste ne valait rien. Tout était tué, rejeté. Ils chalutaient ce récif jour et nuit et le vidaient de tout ce qui y vivait. »

Macfadyen ressentit une angoisse soudaine. Il s’agissait là d’un seul bateau de pêche, parmi un nombre incalculable d’autres bateaux de pêche à l’œuvre au-delà de l’horizon, la plupart occupés à faire exactement la même chose.

Pas étonnant que la mer soit vide. Pas étonnant que ses lignes n’attrapent plus rien. Il n’y avait plus rien à attraper. Et si c’est déjà bien déprimant, la suite est encore pire.

La prochaine étape de ce long voyage était celle reliant Osaka à San Francisco. Pendant la plus grande partie, à la désolation ambiante s’est ajoutée une horreur à donner la nausée, accompagnée d’une peur latente.

« Après avoir quitté le Japon, nous avons eu l’impression que l’océan lui-même était mort », dit Macfadyen.
« On ne voyait pour ainsi dire rien de vivant. Nous n’avons vu qu’une seule baleine, qui tournoyait, impuissante, à la surface de l’eau avec une espèce de grosse tumeur sur la tête. C’était assez écœurant.

« J’ai parcouru un certain nombre de miles sur l’océan au cours de ma vie et j’ai l’habitude de voir des tortues, des dauphins, des requins et de grandes nuées d’oiseaux occupés à pêcher. Mais cette fois-ci, sur 3000 miles marins, il n’y avait tout simplement rien de vivant à voir. »

En revanche, à la place des animaux, il y avait des détritus en volume considérable.

« Une partie provenait des dommages dus au tsunami qui a frappé le Japon il y a deux ans. La vague a submergé la terre, a ramassé un volume incroyable de choses et les a ramenées en mer. Et elles sont toujours là, partout où on regarde. »

Le frère de Ivan, Glenn, qui a embarqué à Hawaï pour l’étape jusqu’aux États-Unis, était ébahi de voir ces ‘milliers et milliers’ de bouées en plastique jaune. Des enchevêtrements de cordages synthétiques, de lignes de pêche et de filets. Des morceaux de polystyrène par millions. Des flaques d’huile et d’essence, partout. Des poteaux électriques par centaines, brisés par la vague meurtrière et traînant encore leurs fils électriques au milieu de la mer.

« Les années passées, si le vent tombait et que vous restiez encalminés, il suffisait de démarrer le moteur pour continuer d’avancer », dit Ivan.

Pas cette fois-ci.

« Dans un grand nombre d’endroits, nous n’osions pas démarrer le moteur de crainte que tous ces morceaux de câbles et de cordages ne s’enroulent autour de l’hélice. C’est une situation nouvelle, ça, au beau milieu de l’océan.

« Si nous décidions de démarrer le moteur, nous ne le faisions pas de nuit mais uniquement pendant la journée avec une vigie à l’avant, pour repérer les débris. »
« À la proue, dans les eaux autour de Hawaï, on peut voir jusque dans les profondeurs de la mer. Et j’ai pu constater que les débris ne sont pas simplement à la surface, mais qu’il y en a jusqu’au fond. De toutes les tailles, depuis la cannette de soda jusqu’à des choses de la taille d’une grosse voiture ou d’un camion.
« Nous avons vu une cheminée d’usine dépassant de l’eau, avec une sorte de chaudière encore attachée sous la surface. Nous avons vu une espèce de gros container, balloté par les vagues.

« Il nous fallait naviguer en évitant tous ces débris. On avait l’impression de naviguer dans une décharge.

« Dans le cockpit, on entendait tout le temps des choses cogner contre la coque, et on craignait constamment de taper dans quelque chose de vraiment gros. Déjà, la coque était éraflée et cabossée de partout à cause de choses que nous ne voyions jamais. »

Partout du plastique. Des bouteilles, des sacs et tout ce que l’on peut imaginer provenant de la poubelle d’une maison, chaises cassées, pelles à poussière, jouets, ustensiles de cuisine.

Autre chose encore : le jaune éclatant du bateau, qui ne s’était jamais terni au cours des années passées, a réagi avec quelque chose au large du Japon et pour la première fois a perdu de son éclat, de façon étrange.

De retour à Newcastle, Ivan Macfadyen essaie de se remettre du choc et de l’horreur de ce voyage.
« L’océan est cassé », dit-il, secouant la tête, encore incrédule.

Ayant conscience que le problème est gigantesque, et qu’aucun gouvernement ou organisation ne semble être particulièrement intéressé par quelque action que ce soit, Macfadyen cherche des idées.

Il prévoit de faire du lobbying auprès des membres du gouvernement, dans l’espoir qu’ils pourraient aider.
Dans l’immédiat, il va se rapprocher des organisateurs australiens des principales courses transocéaniques pour essayer d’intéresser des navigateurs volontaires à la surveillance des débris flottants et de la vie marine.
Macfadyen a participé à une enquête de ce genre quand il était aux États-Unis, après avoir été approché par des universitaires américains demandant aux navigateurs de remplir des formulaires quotidiens et de collecter des échantillons en vue d’effectuer des tests de radioactivité, en réponse aux inquiétudes suscitées par l’après-tsunami et l’accident survenu à la centrale nucléaire au Japon.

« Je leur ai demandé pourquoi nous n’envoyions pas une flottille pour aller nettoyer tout ça », dit-il.

« Ils m’ont répondu qu’ils avaient calculé que le dommage causé à l’environnement par tout le combustible que l’on brûlerait pour faire le travail serait pire que de juste laisser les débris où ils sont. »

Greg Ray



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